lundi 6 avril 2015

2. Delhia

La vie avait souri à la jeune princesse de Fort Carzak. Delhia Nasaab était l’une des plus belles femmes de Walhalla, elle avait grandi sous le soleil de Fort Carzak, courtisée par de nombreux hommes, mais elle était née en étant promise au prince héritier du trône de Walhalla, qui à son grand malheur n’était pas encore né.
Delhia venait d’avoir dix-sept ans, comme son frère jumeau, Ulric mais malgré toute la chance qu’elle avait, elle jalousait son frère. En tant que promise d’un héritier toujours absent, Delhia avait vécu enfermer dans une tour alors que son frère jumeau, allait et venait librement dans leur cité.
Cependant, Delhia avait trouvé une fenêtre sur le monde à l’aide d’une relation épistolaire qu’elle entretenait avec le fils d’un noble du Fort du Roi qui l’avait courtisé quelques années plus tôt. Delhia était en train de se faire brossé ses longs cheveux bruns par une servante quand l’oiseau du jeune homme arriva : c’était une colombe blanche.
« Un message de Sir Chastagnac ! Vite ! Allez me le chercher ! »
La servante cessa donc de lui brosser les cheveux et alla à la fenêtre, elle l’ouvrit et récupéra le message, la servante lui donna aussi quelque graine puis la colombe s’envola.
Delhia lu le message, puis, elle s’assit et se mit à pleurer, gardant le message bien en main.
« Que se passa-t-il, Madame ? » se permit de demandé la servante.
« La Reine a mis bas ! Je devrais être heureuse, mais c’est encore une fille qui est née ! » répondit alors Delhia, vraiment attristé par la nouvelle. « J’ai bien peur de mourir seule, enfermée dans cette tour, si cela continue ! »
La servante se remit à brosser les cheveux de Delhia.
« Et pourquoi Madame ne cherche-t-elle pas un autre époux ! »
Delhia tourna la tête vers sa servante.
« Ce que tu peux être sotte ! » répliqua-t-elle alors. « Mon père a promis ma main au premier fils du roi, le jour même de ma naissance ! Le roi a accepté, me condamnant donc à attendre que la Reine daigne mettre au monde un hériter male ! » Delhia reprit sa respiration. « Mais pour le moment, la Reine se contente de fille ! C’est la cinquième ! »
La servante ne répondit rien à Delhia, continuant de lui brosser les cheveux.
Delhia s’observait dans le miroir. Elle avait de longs cheveux bruns qui ondulaient. Son visage était doux, ses yeux en amande étaient noirs avec quelques touches de violet. Delhia avait le charme des Nasaab. Si elle n’était pas déjà promise, le fort ne désemplirait pas de jeune seigneur, espérant obtenir ses faveurs. Mais malheureusement, elle était déjà promise et c’était là, toute sa malédiction.
« Et si le roi mourait sans héritier, que se passerait-il ? » demanda soudainement la servante, sortant Delhia de sa rêverie.
« Et bien la promesse n’aurait plus lieu d’être ! » répondit alors la jeune femme. « Mais malheureusement pour moi, le roi n’a jamais été aussi en forme, dit-on ! »
« Et souhaitez la mort du roi sera mal vu ! » conclu la servante.
Delhia secoua la tête. Ce serait de la trahison d’espérer la mort du monarque. Delhia oublia donc cette solution, aussi vite fut elle entré dans sa tête.
Delhia, aidé de sa servante, s’habilla d’une belle robe légère en coton violet cousu en fil d’argent. Puis, elle quitta sa chambre.
Les appartements de la famille Nasaab était vaste, mais ils ennuyaient la jeune femme. Elle se dirigea donc vers les jardins. Elle appréciait s’y promener au crépuscule, prendre un peu de hauteur et observer le soleil se couché sur la Mer de Libres.
Bien que libre, Delhia se sentait prisonnière et observé la mer lui donnait l’impression de pouvoir aller où bon lui semblait.
Alors quel était assise, dans le jardin, sous un vieille olivier, à observer le soleil se couché, Ulric s’approcha d’elle et la sortit de ses douces rêverie.
Elle admirait son frère jumeau. Il était beau et fort. C’était un peu son idéal masculin. Elle lui voyait bien l’étoffe d’un roi.
« Je m’ennuie… » dit-elle à voix basse lorsqu’Ulric s’approcha d’elle.
« Travail donc ta broderie ! » répondit alors Ulric avec humour. « Je me rappelle encore de la nonne qui hurlait que tes points était mal fait ! »
« Et moi des coups de canne qu’elle me mettait cette harpie ! » répliqua-t-elle. « Je n’étais pas une brodeuse ! Je suis une lady ! »
Ulric ria.
« Moi, je me rappelle aussi du maitre qui t’enseignait l’écriture ! Ce fut un travail laborieux ! » dit-elle. « Je ne suis pas un homme de lettre ! Je suis un lord ! »
« Oui, mais un lord ne sachant ni lire, ni écrire sera incapable de diriger une ville ! » ajouta d’une voie grave Lord Nasaab qui arrivait derrière eux. « Ni même de garder sa famille dans les bonnes grâces du Roi ! »
Aussitôt, les deux enfants se levèrent et retrouvèrent leur calme.
Lord Nasaab était un homme imposant, très grand et fort. Ses cheveux bruns étaient épais, et il portait une barbe qui lui donnait un visage grave, accentué par l’épaisseur de ses sourcils. Ses yeux étaient, comme ceux de sa fille, noirs avec quelques touches de violet. Il portait une tunique en coton noir ceinturé par une sangle en cuir. Lord Nasaab impressionnait par sa carrure. Il aurait fait peur à n’importe qui, sauf à ses enfants qui savait que derrière son apparence rustre et sévère se cachait un père doux et aimant ne voulant que leur bonheur.
« J’espérais vous trouver là, mes enfants ! » dit alors Lord Nasaab. « Je viens d’apprendre que la Reine venait de mettre au monde une cinquième fille mais aussi que le roi souhaitait nous voir ! »
« Nous ? » demanda avec surprise Delhia.
« Oui, notre famille ! Il nous mande à Fort du Roi de toute urgence ! » expliqua-t-il. « Nous partirons donc demain ! »
« Mais père, nous ne pouvons pas tous quitter Fort Carzak ! Il doit rester un Nasaab pour défendre la ville ! » reprit alors Ulric, dans la panique.
« C’est pour cette raison que nous ne partons que demain ! Le temps que ma sœur Serah arrive de Port Dragon ! » répliqua l’homme.
Lord Nasaab quitta donc les jardins regagnant le fort.
Delhia était surexcité.
« Tu te rends compte ! On part pour Fort du Roi ! C’est formidable ! » dit-elle à son frère.
Ulric ne répondit rien. Il laissa Delhia s’excité dans le jardin et regagna à son tour le fort.
Delhia resta encore un peu dehors. Elle respirait l’air marin de Fort Carzak tout en pensant à l’aventure qu’elle allait vivre. Elle quitterait enfin sa tour pour vivre une vie normal. Finalement, cette journée se terminait sur une note positive pour la jeune fille.
Delhia regarda une dernière fois le soleil de Fort Carzak disparaitre le long de la mer. Elle ne savait pas quand elle reverrait cette scène, mais ce dernier couché de soleil fut une source de joie pour elle.

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