mercredi 29 avril 2015

3. Ulric

La nuit était tombée depuis longtemps sur Fort Carzak mais Ulric ne trouvait pas le sommeil. Il avait fait une promesse et il ne savait pas s’il allait avoir le pouvoir de la tenir.
Il n’avait qu’une chose à faire.
Ulric se leva donc au beau milieu de la nuit. Il enfila des vêtements sombres et quitta sa chambre. Il fit attention pour ne pas se faire surprendre par des gardes et il descendit vers les catacombes de la forteresse. De là, il savait qu’il pourrait gagner la basse ville sans grande difficulté.
Les couloirs sombres des catacombes l’avaient toujours beaucoup amusé. Il avait passé une bonne partie de son enfance à les parcourir dans le plus grand secret, si son père l’avait su, il aurait pris de sacrée correction. Même Delhia ignorait où il disparaissait pendant des heures. Ulric se promenait dans les rues secrètes de Fort Carzak.
Après avoir passée prêt d’un quart d’heure dans les catacombes, il arriva face à un escalier qui montait. Ulric l’emprunta et arriva au cœur du quartier gris. Ulric connaissait chaque rue de la cité, mais le quartier gris changeait sans cesse. Et la nuit n’était pas son allié pour se repérer dans ce labyrinthe.
Ulric se concentra un peu et chercha le Fort. Une fois le fort en vue, il put se repérer. Il n’était qu’à quelque rue de la Rose Cendrée. Ulric n’arriva sans mal devant le bordel. Il y entra et se dirigea directement vers le bureau de Sigmund.
Sigmund n’était pas seul, mais Ulric n’en avait que faire. Il pénétra dans la crypte. L’homme qui se trouvait face au taulier ne tourna pas la tête mais mis aussitôt un capuchon pour se cacher.
« On n’interrompt pas les gens de la sorte ! » s’exclama alors Sigmund. « Même le fils d’un Lord doit connaitre la politesse ! »
Ulric inclina la tête vers le tenancier, comme pour s’excuser.
« Je suis ici pour parler affaire ! » expliqua Ulric. « Une affaire des plus urgentes ! »
« Qu’y a-t-il de si urgent pour me déranger au beau milieu de la nuit ? » répliqua alors le propriétaire des lieux.
« Je souhaite vous acheter l’un de vos protégé ! » dit le jeune prince de la ville.
« Laisse-moi deviner ! Je suppose que c’est Elvil que tu veux ! »
L’homme encapuchonné sembla soudainement plus intéresser par la scène qui se produisait sous ses yeux.
« Oui, c’est bien Elvil que je veux ! » confirma alors Ulric. « Je quitte la ville demain et je souhaite qu’il m’accompagne ! »
Sigmund regarda alors l’homme face à lui, comme si il demandait son accord. L’homme retira son gant gauche laissant apparaitre une main blanche comme la neige aux ongles longs et jaunis. A son annulaire, il portait une chevalière impressionnante. De l’autre bout de la pièce, Ulric pu discerner le symbole gravé dessus : un cheval de profil avec un rubis en guise d’œil surmonté d’une couronne. Ulric ne connaissait aucune maison majeure ou mineure dans tout Walhalla qui possédait un tel blason.
Après quelque seconde, Sigmund accepta la transaction. Il vendit donc Elvil à Ulric. Ulric repartit donc vers la chambre d’Elvil.
Lorsqu’il entra, le jeune homme dormait. Il était calme et paisible. Ulric souffla furtivement sur sa nuque dégagé, puis, il lui murmura à l’oreille :
« Tu es libre ! »
Elvil s’éveilla alors. Lorsqu’il vu Ulric, le jeune homme fut surpris.
« Que fais-tu là ? » demanda-t-il.
« J’ai tenu ma promesse ! Tu es libre, Elvil ! »répondit alors Ulric, en lui souriant.
« Libre ? Je suis libre ! Tu m’as libéré ! »
« Oui, je souhaitais que tu m’accompagne… Je pars vers le Fort du Roi demain ! » expliqua Ulric.
« Pourquoi ? » questionna alors Elvil.
« Car le Roi le veut ! Et ce que le roi veut, nous l’exécutons ! » répondit Ulric, calmement.
« Donc tu n’es pas libre si tu obéis aussi bêtement à un homme ! » remarqua le jeune androgyne.
« C’est le roi ! Nous lui devons obéissance ! »
« Seul les dieux mérite l’obéissance d’un homme libre, ton roi est-il un dieu ? » demanda alors Elvil.
« Non, c’est un homme comme toi et moi ! » répondit le jeune prince.
« Alors tu n’es pas libre ! » conclu Elvil. « Je t’accompagnerai, mais ne me dit pas que je suis libre alors que mes chaines appartiennent juste à un autre ! »
Elvil s’habilla rapidement et suivit Ulric dans les rues, puis dans les catacombes menant au fort. Une fois arrivé dans le fort, Ulric conduisit Elvil dans le quartier des servants, il lui expliqua la vie au fort et il en fit son servant personnel, pour s’assurer de sa venue au Fort du Roi.
Ulric regagna ensuite sa chambre. Il se déshabilla et se coucha. Il allait s’endormir quand sa porte s’ouvrit.
Une ombre se glissa dans la chambre. Puis s’approcha du lit. Ulric ne se rendit compte de qui était présent quand la personne parla :
« Tu dors ? » demanda alors Delhia.
Ulric soupira. Comme toujours quand sa sœur souffrait d’insomnie elle venait le voir dans la nuit et Ulric supportait les longues discussions sur sa « triste » vie. Mais cette nuit-là, elle semblait toujours excitée par l’annonce de leur père. Elle s’allongea donc sur le lit d’Ulric, à côté du jeune homme.
« Tu te rends compte ! Demain, nous quitterons Fort Carzak ! » Elle fit une pause. « Je suis si impatiente ! »
« Tu n’as pas peur que Fort Carzak te manque ? » demanda alors Ulric qui savait que sa vie ici lui manquerait aussi court serait ce voyage.
« Me manquer ? Bien sûr que non ! Je n’aurais pas le temps d’y penser ! » répliqua la jeune princesse. « Il va y avoir un grand bal donné en notre honneur, peut-être même un tournoi ! Et puis, nous visiterons le marché de Fort au Roi, les jardins du palais et la Reine m’invitera surement à boire le thé en sa compagnie ! »
Ulric n’écoutait plus Delhia. Il comprenait sa joie de partir pour le Fort du Roi, mais les mots d’Elvil résonnaient encore dans sa tête.
Tu n’es pas libre !
Il semblait partir loin. Ses pensées s’éloignaient de plus en plus.
Ne me dit pas que je suis libre alors que mes chaines appartiennent juste à un autre !
Ces mots étaient censés. Mais Ulric n’arrivait plus à les comprendre.
Delhia finit par se taire, sans doute s’était-elle endormie. Ulric ne pensa pas plus longtemps et sombra dans le sommeil.

lundi 6 avril 2015

2. Delhia

La vie avait souri à la jeune princesse de Fort Carzak. Delhia Nasaab était l’une des plus belles femmes de Walhalla, elle avait grandi sous le soleil de Fort Carzak, courtisée par de nombreux hommes, mais elle était née en étant promise au prince héritier du trône de Walhalla, qui à son grand malheur n’était pas encore né.
Delhia venait d’avoir dix-sept ans, comme son frère jumeau, Ulric mais malgré toute la chance qu’elle avait, elle jalousait son frère. En tant que promise d’un héritier toujours absent, Delhia avait vécu enfermer dans une tour alors que son frère jumeau, allait et venait librement dans leur cité.
Cependant, Delhia avait trouvé une fenêtre sur le monde à l’aide d’une relation épistolaire qu’elle entretenait avec le fils d’un noble du Fort du Roi qui l’avait courtisé quelques années plus tôt. Delhia était en train de se faire brossé ses longs cheveux bruns par une servante quand l’oiseau du jeune homme arriva : c’était une colombe blanche.
« Un message de Sir Chastagnac ! Vite ! Allez me le chercher ! »
La servante cessa donc de lui brosser les cheveux et alla à la fenêtre, elle l’ouvrit et récupéra le message, la servante lui donna aussi quelque graine puis la colombe s’envola.
Delhia lu le message, puis, elle s’assit et se mit à pleurer, gardant le message bien en main.
« Que se passa-t-il, Madame ? » se permit de demandé la servante.
« La Reine a mis bas ! Je devrais être heureuse, mais c’est encore une fille qui est née ! » répondit alors Delhia, vraiment attristé par la nouvelle. « J’ai bien peur de mourir seule, enfermée dans cette tour, si cela continue ! »
La servante se remit à brosser les cheveux de Delhia.
« Et pourquoi Madame ne cherche-t-elle pas un autre époux ! »
Delhia tourna la tête vers sa servante.
« Ce que tu peux être sotte ! » répliqua-t-elle alors. « Mon père a promis ma main au premier fils du roi, le jour même de ma naissance ! Le roi a accepté, me condamnant donc à attendre que la Reine daigne mettre au monde un hériter male ! » Delhia reprit sa respiration. « Mais pour le moment, la Reine se contente de fille ! C’est la cinquième ! »
La servante ne répondit rien à Delhia, continuant de lui brosser les cheveux.
Delhia s’observait dans le miroir. Elle avait de longs cheveux bruns qui ondulaient. Son visage était doux, ses yeux en amande étaient noirs avec quelques touches de violet. Delhia avait le charme des Nasaab. Si elle n’était pas déjà promise, le fort ne désemplirait pas de jeune seigneur, espérant obtenir ses faveurs. Mais malheureusement, elle était déjà promise et c’était là, toute sa malédiction.
« Et si le roi mourait sans héritier, que se passerait-il ? » demanda soudainement la servante, sortant Delhia de sa rêverie.
« Et bien la promesse n’aurait plus lieu d’être ! » répondit alors la jeune femme. « Mais malheureusement pour moi, le roi n’a jamais été aussi en forme, dit-on ! »
« Et souhaitez la mort du roi sera mal vu ! » conclu la servante.
Delhia secoua la tête. Ce serait de la trahison d’espérer la mort du monarque. Delhia oublia donc cette solution, aussi vite fut elle entré dans sa tête.
Delhia, aidé de sa servante, s’habilla d’une belle robe légère en coton violet cousu en fil d’argent. Puis, elle quitta sa chambre.
Les appartements de la famille Nasaab était vaste, mais ils ennuyaient la jeune femme. Elle se dirigea donc vers les jardins. Elle appréciait s’y promener au crépuscule, prendre un peu de hauteur et observer le soleil se couché sur la Mer de Libres.
Bien que libre, Delhia se sentait prisonnière et observé la mer lui donnait l’impression de pouvoir aller où bon lui semblait.
Alors quel était assise, dans le jardin, sous un vieille olivier, à observer le soleil se couché, Ulric s’approcha d’elle et la sortit de ses douces rêverie.
Elle admirait son frère jumeau. Il était beau et fort. C’était un peu son idéal masculin. Elle lui voyait bien l’étoffe d’un roi.
« Je m’ennuie… » dit-elle à voix basse lorsqu’Ulric s’approcha d’elle.
« Travail donc ta broderie ! » répondit alors Ulric avec humour. « Je me rappelle encore de la nonne qui hurlait que tes points était mal fait ! »
« Et moi des coups de canne qu’elle me mettait cette harpie ! » répliqua-t-elle. « Je n’étais pas une brodeuse ! Je suis une lady ! »
Ulric ria.
« Moi, je me rappelle aussi du maitre qui t’enseignait l’écriture ! Ce fut un travail laborieux ! » dit-elle. « Je ne suis pas un homme de lettre ! Je suis un lord ! »
« Oui, mais un lord ne sachant ni lire, ni écrire sera incapable de diriger une ville ! » ajouta d’une voie grave Lord Nasaab qui arrivait derrière eux. « Ni même de garder sa famille dans les bonnes grâces du Roi ! »
Aussitôt, les deux enfants se levèrent et retrouvèrent leur calme.
Lord Nasaab était un homme imposant, très grand et fort. Ses cheveux bruns étaient épais, et il portait une barbe qui lui donnait un visage grave, accentué par l’épaisseur de ses sourcils. Ses yeux étaient, comme ceux de sa fille, noirs avec quelques touches de violet. Il portait une tunique en coton noir ceinturé par une sangle en cuir. Lord Nasaab impressionnait par sa carrure. Il aurait fait peur à n’importe qui, sauf à ses enfants qui savait que derrière son apparence rustre et sévère se cachait un père doux et aimant ne voulant que leur bonheur.
« J’espérais vous trouver là, mes enfants ! » dit alors Lord Nasaab. « Je viens d’apprendre que la Reine venait de mettre au monde une cinquième fille mais aussi que le roi souhaitait nous voir ! »
« Nous ? » demanda avec surprise Delhia.
« Oui, notre famille ! Il nous mande à Fort du Roi de toute urgence ! » expliqua-t-il. « Nous partirons donc demain ! »
« Mais père, nous ne pouvons pas tous quitter Fort Carzak ! Il doit rester un Nasaab pour défendre la ville ! » reprit alors Ulric, dans la panique.
« C’est pour cette raison que nous ne partons que demain ! Le temps que ma sœur Serah arrive de Port Dragon ! » répliqua l’homme.
Lord Nasaab quitta donc les jardins regagnant le fort.
Delhia était surexcité.
« Tu te rends compte ! On part pour Fort du Roi ! C’est formidable ! » dit-elle à son frère.
Ulric ne répondit rien. Il laissa Delhia s’excité dans le jardin et regagna à son tour le fort.
Delhia resta encore un peu dehors. Elle respirait l’air marin de Fort Carzak tout en pensant à l’aventure qu’elle allait vivre. Elle quitterait enfin sa tour pour vivre une vie normal. Finalement, cette journée se terminait sur une note positive pour la jeune fille.
Delhia regarda une dernière fois le soleil de Fort Carzak disparaitre le long de la mer. Elle ne savait pas quand elle reverrait cette scène, mais ce dernier couché de soleil fut une source de joie pour elle.